Jour 1
Pour la première fois depuis mon départ je me sens seul. Ni télévision, ni internet, ni personne avec qui parler, dans ma modeste demeure à Tabriz je fais passer les heures. Je fouille dans mes sacs et je retrouve un sachet de bonbons que ma mère m'a donné en Bulgarie. C'est pas grand chose mais cela me donne un peu de bonne humeur et envie de reprendre la route.Je quitte Tabriz sous le beau soleil de novembre. Comme si la nature a oublié sa folie d'avant-hier. L'étape d'aujourd'hui est courte, seulement 65km jusqu'à Bostan Abad. Un vent très fort souffle et heureusement dans ma direction. Dans les montées je vais à 15km/h sans efforts. Dans une descente, Günther, avec l'aide de la nature, atteint la vitesse supersonique de 70km/h. Je l'aide avec une position aérodynamique, pour atteindre les 79km/h, mais le 80 ne s'affiche pas sur l'écran du compteur. Je suis comme un gamin qui vient d'avoir son premier vélo. Je crie de bonheur, sachant que mes cris seront importés loin par le vent.
Je m'arrête dans une station d'essence pour me connecter à internet. Mon ami Kaveh devait vérifier pour un hôtel pas cher. Je reçois, comme promis, son message. Je vais voir si ma tête de touriste ne fera pas augmenter le prix.
J'arrive à Bostan Abad, ville très haut dans les montagnes iraniennes. Je trouve sans problème l'hôtel... Le prix est celui attendu.
| Les montagnes iraniennes |
Jour 2
Aujourd'hui je suis le cours d'une rivière dont je ne connais pas le nom. 100km de faux plat en ma faveur. Le vent s'est perdu quelque part dans les plaines iraniennes et je fonce sans encombre. Faire du vélo peut être tellement facile des fois.J'arrive à Mianeh et je rencontre Amir. C'est un des recordeurs de WarmShowers et CouchSurfing en Iran. Je viens d'apprendre également que héberger des étrangers chez soi est illégal en Iran. Il a eu des problèmes avec la police et il a arrêté. Après 3 mois de bataille bureaucratique il a obtenu de la municipalité un local qu'il a nommé "Mianeh Tourist House". C'est gratuit et tous les touristes sont les bienvenus. On y dort par terre mais il y a des douches chaudes et toilettes. La maison accepte les donations de toute nature. C'est un espace d'échange où on peut y trouver des cartes, des vêtements, des pièces de vélo, mais on peut également y laisser. Je mets sur le blog quelques photos de son archive. Je passe un agréable moment avec Amir et il m'escorte jusqu'à un restaurant où je rencontre mon hôte Amin. C'est le restaurant de son beau-frère et ils ont une pièce pour dormir, comme à Evogli. Mais cette fois le dîner est offert par la maison. Je suis vraiment un chanceux. Amin est un jeune garçon très occupé avec pleins de projets. On se parle une heure puis il file pour Téhéran.
| Vers Mianeh |
| Avec Amir |
| Au coucher du soleil |
Jour 3
J'apprends pour les attentats à Paris. Toute la journée je pense à toutes ces victimes innocentes. Quelle est la solution? Quelle est la suite? On vit dans un monde terriblement malade.Je continue avec le faux plat mais aujourd'hui la route change de direction. Je monte progressivement, presque insensiblement, vers Zanjan, aidé par le vent. Comme si la nature a accepté ma présence et m'aide comme elle peut. Le ciel est d'un bleu extraordinaire, comme au premier jour avant même la création des nuages. Le soleil de novembre tape sur mon casque et je suis obligé de l'enlever pour aérer un peu mon cerveau bouilli. Aujourd'hui je quitte la province Azerbaïdjan Oriental et je me dirige vers la partie perse de l'Iran.
Jusqu'à là je pédalais dans les régions Azerbaïdjan Occidental puis Oriental, où les gens parlent azari (proche du turc). Ils utilisent le farsi quand nécessaire mais ça reste une alternative. J'ai l'explication de l'attroupement de policiers de l'autre jour. Dans une émission télé pour enfants, on y voit un clown se brossant les dents avec une brosse de WC et parlant en farsi avec un accent azari. Cela a vexé pas mal de gens dans la région et ils ont essayé de faire une manif, mais ici ce n'est pas vraiment à la mode.
Je pédale perdu dans mes pensées quand une voiture s'arrête devant moi. Le gars me tend un carnet et un stylo. Je comprends pas trop ce qu'il veut de moi. Mon numéro ? Mon nom ? Non, ma signature ! Un gros taré quoi !
J'arrive à Zanjan et j'ai du mal à trouver la maison de mon hôte Farah. Avec l'aide des locaux j'y parviens. Elle me montre mes appartements. J'ai un étage rien que pour moi. Farah est chercheuse en art décorative, spécialiste en tissus et guide touristique. Comme la majorité des iraniens célibataires, elle vit avec sa famille mais dispose d'un étage privé servant de bureau. La décoration est très jolie. Une espèce d'énergie fait qu'on s'y sent très bien. Elle me montre ce que je dois visiter demain. D'ailleurs elle fait une remarque déplaisante pour ce qui s'est passé à Paris mais je laisse passer, évitant un accident diplomatique inutile.
Je me couche profondément triste...
| Le pont Kizil-Hauzen |
| Les montagnes Agh Dagh |
| Chez Farah |
Jour 4
La journée commence avec la visite du musée archéologique. Un voyage dans le temps qui débute à l'Age de pierre, passe par l'Age de bronze et se termine avec les premiers pas de l'époque islamique. Le clou du spectacle, c'est l'homme de sel. Un jeune homme mort dans une mine de sel il y a 2800 ans parfaitement préservé. Ses vêtements, ses cheveux, ses organes, tout a passé l'épreuve du temps.Zanjan est célèbre avec son bazar couvert qui est le plus long en Iran. Honnêtement, il n'y a rien d'intéressant, juste un attroupements de marchands essayant de vendre leur marchandise pourrie.
| Musée archéologique |
| Outils en os |
| Épées en bronze |
| Vielles vaches |
| La Grande Mosquée de Zanjan |
| La Grande Mosquée de Zanjan |
| Le bazar de Zanjan |
Quelques remarques sans valeur
Si vous pensez trouver un supermarché en Iran, vous devez bien y chercher et avoir de la chance. Je n'en ai pas encore vu. On fait les courses dans de petites épiceries où les prix ne sont pas affichés en général, mais on peut faire confiance au vendeur. On me promet de me montrer un supermarché à Zanjan... Moment de vérité... C'est juste une grande épicerie. On ne parle pas la même langue.
Pour ce qui est accès internet, Facebook et d'autres sites occidentaux sont bloqués. Je n'ai même pas accès à mon blog, heureusement la page d'administration où j'écris les articles est ouverte.
Dans les transports en commun, les bus par exemple, les hommes sont à l'avant, les femmes à l'arrière. Je ne sais pas si c'est une règle écrite mais j'ai pu le vérifier dans tous les bus à Tabriz et Zanjan.
Je reçois des informations contradictoires concernant le port de short à vélo. Normalement c'est interdit mais mon hôte à Zanjan me dit que c'est toléré pour les étrangers. En dehors des villes c'est sans problèmes. Dans les villes pour éviter d'être emmerdé par la police, on met un pantalon.



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