Jour 1
La nuit était très dure, mes colocs n'ont pas arrêté de parler et rigoler jusqu'à 3h du matin. Je n'ai pas encore repris le vélo et je suis déjà fatigué, et il m'attend un parcours de 150km.
Je me dirige vers le sud du pays, là où l'on ne connaît pas l'hiver. Je pédale perdu dans mes pensées et j'avance avec un bon rythme. Après 60km le vent devient capricieux, tel un gamin, il veut être partout. Tantôt vers le sud, tantôt vers l'ouest, il ne sait pas vers où aller. Et moi dans toute cette histoire ? Les quelques heures de bataille acharnée m'épuisent. Assoiffé et exténué, je ne remarque plus les paysages qui m'entourent. Mon attention est portée sur le beau soleil qui suit sa trajectoire vers l'ouest.
Entre Téhéran et Qom, l'autoroute est interdite aux camions qui du coup viennent déverser leur poids lourd sur la départementale. Le bruit de leur klaxons d'encouragement me fatigue davantage. C'est une journée que je ne souhaite à aucun cycliste. Je n'ai même pas parlé des interminables montées et descentes.
Je suis à 15km de Qom quand le soleil se cache derrière l'horizon. Trente minutes plus tard il fait nuit mais je me trouve dans la ville, hors de danger. Elle est très jolie, avec un énorme complexe religieux au centre-ville.
Je suis accueilli par Mostafa. Quand j'entre dans sa maison je suis frappé par le luxe qui y règne. Il se trouve qu'il est le chef de la bourse d'échange pour la région. Nous passons la soirée avec ses amis et partenaires. Ils sont tous des chercheurs dans le domaine de l'assurance. Le dîner est magnifique mais je ne connaîtrai pas le cuisinier. À cause de ma présence les femmes de la famille sont exilées un étage plus bas.
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| Temple Masuma |
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| Emam Hasan Azgary |
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| Avec mes hôtes |
Jour 2
Je n'ai toujours pas récupéré les quelques heures de sommeil qui me manquent. Heureusement la journée d'aujourd'hui est courte. La portion de l'autoroute entre Qom et Kashan est ouverte aux camions, et je retrouve la paisibilité de la route secondaire. Je passe à côté de la ville de Jamkaran où il y a peut-être plus de minarets que d'habitants. La route est en mauvais état mais je compte les voitures sur les doigts de ma main. J'arrive à Kashan avant même que le soleil ait l'idée de se coucher. Tout le monde m'a conseillé cette ville est je ferai la visite demain. Ce soir je me repose chez mon hôte Yousouf. C'est un étudiant en informatique qui rêve d'une carrière dans le tourisme, comme guide. Ses conseils pour la suite de mon voyage sont très précieux.
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| Jamkaran |
Jour 3
Je dédicace la matinée à la visite de Kashan. Dans le centre-ville, il se trouve le quartier des maisons historiques. Il y a une dizaine au total mais je visiterai une seule. Youssouf m'a conseillé de voir la maison des Tabatabaei. Une luxueuse demeure avec une grande cour, 2 petites et 2 patios. La façade de la maison est superbe mais la décoration intérieure laisse à désirer. Une seule pièce mérite la visite, les autres ce sont des parallélépipèdes peints en blanc.
De retour à la maison pour goûter au délicieux déjeuner que la mère de Youssouf nous a préparé. Le jeune homme apprend le français et l'anglais pour son travail de guide et m'utilise comme professeur particulier, nourri et hébergé.
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| Tabatabaei - intérieur |
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| Tabatabaei - patio |
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| Tabatabaei - grande cour |
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| Tabatabaei - façade |
À 60km de Kashan se trouve le désert Maranjab. Je compte passer la nuit au caravansérail, ultime refuge à l'époque des caravanes marchandes, coincé entre le désert et le gigantesque lac salé Namak. La route est horrible mais quand je pense je dois être content d'avoir une route. Elle est utilisée principalement par les camions transportant du sel et les cars touristiques. Le soleil se couche derrière moi et Günther galope tel un dromadaire infatigable. J'ai encore 30min de lumière avant d'être plongé dans le noir complet et il me reste encore 10km. J'arrive finalement au caravansérail avec la première étoile dans le ciel. Devant, un car de touristes est garé et je sympathise avec les chauffeurs.
Youssouf m'a dit qu'on peut y dormir contre un petit billet, mais aucune précision. Le soi-disant gérant me demande $20 pour une nuit !!! Hors de question, pour dormir par terre sans douche. Pour la tente il me demande $5. Je lui dis que cela ne me convient pas et je sors mon appareil photo pour immortaliser numériquement cet endroit magnifique. D'un coup il se ramène avec un ticket, la visite coûte $3 !... Je l'envoie chier, je récupère mon vélo et je sors. Je vérifie la direction du vent et j'installe ma tente collée au mur de la forteresse, aidé par les chauffeurs. Avant de reprendre leur route, ils me ramènent des biscuits, des fruits, du thé et de l'eau minérale. Je termine la soirée avec un feu de bois, une boîte de haricots aux champignons et des noix grillées, sous le magnifique ciel parsemé d'étoiles.
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| Vers le désert |
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| Dromadaire |
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| Caravansérail |
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| Caravansérail |
Jour 4
C'est mon anniversaire et je me réveille dans le désert avec le soleil levant. Une seule chose me manque pour rendre le moment parfait...
Après un petit-déjeuner express je reprend la route vers Kashan. Mon but c'est Abyaneh mais je ne suis pas sûr d'y parvenir. Devant moi j'ai 80km de légère montée. Je traverse une grande zone militaire où les photos sont interdites. Je n'ose même pas m'arrêter. Je pédale lentement contre le vent et le dénivelé. À 16h20 j'arrive à un carrefour, il faut faire un choix. Abyaneh est à 22km, Natanz à 15km. Un gars me dit que les deux villes sont en hauteur. C'est parti pour Natanz. La montée n'est pas dure mais longue. Dans les montagnes il fait nuit plus vite et encore une fois je suis obligé de pédaler dans le noir, heureusement Günther est équipé de ce qu'il faut dans ces cas. J'arrive finalement dans la ville et je m'arrête au premier endroit, c'est une agence de transport (bus, taxi, navettes). Après une discussion approximative, un gars se lève et me dit de le suivre jusqu'au hôtel. Je suis comme je peux la voiture qui s'arrête devant un immeuble. "Voilà, on est arrivé", me dit Ismaël. Je prends ma douche alors qu'il sort faire les courses. Sa femme n'est pas là alors il se met au fourneaux. Un délicieux poulet avec des pommes de terre. Il ne parle pas anglais mais nous arrivons à produire un semblant de conversation. Nous trouvons notre passion commune, le football. Finalement nous parlons le même langage.
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| Dans le désert |
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| Le lac salé Namak |
Jour 5
Je commence la journée avec un bon petit-déjeuner, des œufs à la poêle avec de la graisse de mouton. D'ailleurs je me rends compte qu'il habite à 100m de l'endroit où on est parti la veille. Hier on a fait un grand détour, soit il hésitais, soit il attendais autorisation. J'enchaîne avec les 15km d'hier, mais cette fois-ci en descente pour revenir au carrefour.
J'entame la plus dure montée depuis le début de mon voyage. Je peux la comparer à ce que j'ai vécu dans les Alpes. Dans la montée je suis dépassé par une camionnette et derrière je vois 2 cousins de Günther. C'est interminable mais rien ne presse, le soleil est avec moi et mètre après mètre je me rapproche du village. À 2km du but, je vois un péage (???). Il faut payer 1.5€ pour accéder à Abyaneh. J'espère que c'est uniquement pour le touristes sinon habiter dans cette ville pourrait s'avérer très cher.
La ville est sublime, une réplique de la Perse ancienne, vielle de 2500 ans. Des petites ruelles, des passages "secrets", un vrai labyrinthe. Toutes les maisons sont recouvertes d'un mortier de terre et de paille, ce qui donne la couleur ocre du village. Les 306 habitants de ce village à 2300m d'altitude vivent essentiellement du tourisme.
En me promenant je rencontre les 2 tricheurs de la camionnette. Filip de Monténégro et Jin des USA. C'est un charmant couple formé sur la route. Filip me raconte ces aventures en Arménie où il s'est fait voler la sacoche la plus importante (passeport, argent, portable). Après un séjour de 5 jours au commissariat, la police lui a retrouvé tous ses biens. Il est vraiment chanceux de pouvoir reprendre la route. Jin, elle est sur la route depuis 4 ans, pas vraiment sportive dans l'âme, et triche assez souvent. Mais le plus important c'est le voyage et pas la manière, n'est-ce pas ?
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| Abyaneh |
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| Abyaneh |
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| Abyaneh |
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| Sanctuaire Ziarat |
Jour 6
Aujourd'hui je dois rejoindre Isfahan et 2 choix s'offrent à moi. Le premier c'est de descendre au fameux carrefour et de retourner à Natanz puis Isfahan. C'est la route principale mais je n'aime pas reprendre le même chemin. Je l'ai déjà fait hier, ça suffit. L'autre solution c'est de forcer par les montagnes. Je ne sais pas si la route est praticable mais je prends le risque. Je n'ai rien à manger ce matin et je dois improviser. Du sucre dans l'eau et quelques morceaux en plus seront ma seule source d'énergie pendant la traversée.
Les 13 premiers kilomètres méritent mon respect. Après 2h de bataille j'arrive au sommet - 2800m d'après la carte topographique. Je ne vais pas vous cacher le fait que j'ai dû pousser les 3 derniers kilomètres. Ma descente qui suit n'est pas facile mais après 9km la route devient plus confortable. Je vois des maisons, 2 personnes, des poules (???). Le village Maravand et ses 16 habitants ne figurent même pas sur la carte Google Maps. À la sortie du village la route goudronnée me sauve. Elle est en parfait état vu que personne ne vient ici. Je traverse des villages abandonnés et je vois de loin le caravansérail Agha Kamal, lieu touristique délaissé par l'État. Je tiens un bon rythme sur le faux plat favorable et je rejoins la route principale, puis encore 90km de faux plat pour arriver à Isfahan. Je pousse Günther à fond et au bout de 4h, nous y sommes. Des gens sur la route s'arrêtent pour me demander d'où je viens et certains me filent des fruits. Je récupère une banane, une pomme et une orange.
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| Route dans la montagne |
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| Maravand |
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| Village abbandonnée |
Jour 7
Isfahan (Ispahan en français) est une des anciennes capitales de l'Iran. La ville est traversée par la Zayandeh Rud. Aujourd'hui c'est vendredi (le dimanche iranien) et les quais sont envahis par des iraniens fatigués par la semaine de 6 jours. Je visite la partie nord de la ville. Le palais Hasht Bahesht est magnifique mais la visite est excessivement chère. Je profite pour me balader dans le parc du palais. Je flâne dans la ville le restant de la matinée.
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| Le palais Hasht Bahesht |
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| Les jardins du palais |
Une balade nocturne sur les quais avec les anciens ponts. C'est joli mais ça ne vaut pas la magie de la Seine parisienne. Je fais un tour sur la place centrale Haqsh-e Jahan. Des jeunes étudiants m'abordent pour exercer leur anglais. La nuit se termine avec les gars de l'auberge. Des discussions profondes sur les toilettes à la turque et sur les pratiques sexuelles des iraniens.
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| Sur les quais |
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| La place Haqsh-e Jahan |
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| La place Haqsh-e Jahan |
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| Mosquée Sheikh Lotfollah |
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| Masjed Jame Abbasi |
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| La Grande Mosquée |
Jour 8
Je passe la matinée au commissariat pour prolonger mon visa de 2 semaines. Je vais au guichet 14, puis 18, puis 19, puis retour au 14. Entretemps un passage à la banque pour déposer la taxe. Après ce jeu de passe-passe, on me dit que je dois attendre 2h. Je n'ai pas envie de passer ma journée enfermé, et je leur dis que je reviendrai demain. Ma demande fait visiblement chier l'administration et le policier me tamponne le passeport sur le coup. C'est réglé.
Je me trouve dans le sud de la ville, et plus précisément dans le quartier arménien. Beaucoup d'arméniens se sont installés ici pendant et après le génocide de 1915. La visite de l'église Vank vaut vraiment le coup. Pour la première fois je peux dire que le prix excessif pour le touristes est justifié.
Je passe la soirée avec un de mes colocs, Joffrey, un français à la recherche d'une nouvelle vie. On discute, on mange une soupe et un falafel, on termine dans un café pour hipsters en compagnie de Carmen, une aventurière et amatrice de café belge.
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| Église Vank |
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| Église Vank |
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| Église Vank |
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| Le jugement dernier |
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| Église Vank |
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| Ancien manuscrit |
Des remarques supplémentaires
Concernant les prix, je tiens à m'excuser à toute la guilde des épiciers. Comme j'ai déjà précisé, les prix ne sont pas indiquées, comme nous sommes habitués à les voir. En fait les prix sont directement imprimées sur le produit, juste à côté de la date de péremption. C'est fait par les producteurs, du coup les épiceries ne peuvent que vendre à ce prix ou faire une réduction.
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| Azaam |
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| Masuma |
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| La cour du temple |
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| Centre-ville de Qom |
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| Centre-ville de Qom |
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| Tabatabaei - grande cour |
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| Tabatabaei - grande cour |
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| Miroir ô Miroir |
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| Coucher de soleil |
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| Caravansérail le matin |
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| Le lac salé Namak |
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| Vue depuis Natanz |
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| Vers Abyaneh |
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| Entrepôts souterrains |
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| Abyaneh |
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| Sanctuaire Ziarat |
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| Route dans la montagne |
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| Lac gelé |
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| Caravansérail |
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| Le palais Hasht Bahesht |
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| Le palais Hasht Bahesht |
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| Le palais Hasht Bahesht |
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| Pont à Isfahan |
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| Pont Si-o-Sepol |
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| La place Haqsh-e Jahan |
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| La Grande Mosquée |
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| La Grande Mosquée |
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| Église Vank |
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| Église Vank |
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| "Imprimante" |
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| Au musée |
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| Ancien manuscrit |
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| La place Haqsh-e Jahan |
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